EDITO JUIN 2021 - LA COMMUNE DE PARIS : UNE VISION POLITIQUE ANTICIPATRICE

La Commune de 1871 constitue l’un des moments majeurs de notre Histoire le plus mal connu. Les études qui lui sont dédiées se concentrent essentiellement sur les massacres épouvantables subis par les Communards plus que sur l’œuvre initiée, son immense portée émancipatrice et l’écho qu’elle peut avoir dans les luttes d’aujourd’hui.

La Commune qui n’a duré que 72 jours, n’a pas échoué ; elle a été écrasée dans le sang tant elle a fait peur au gouvernement conservateur de l’époque.

Il est habituel de lier la Commune aux conséquences de la capitulation de la France devant la Prusse. Cette réalité est toutefois réductrice. Le siège de Paris avait plongé dans une grande pauvreté les citoyens qui ont réalisé que le pouvoir en place était incapable de protéger le petit peuple. Il a fait prendre conscience aux parisiens ouvriers et artisans, de l’évidence des solidarités au sein du peuple pour apprendre à fonctionner ensemble et à renforcer une forme de « conscience de classe ». Dans ses rangs est apparue cette confiance populaire dans sa propre légitimité décrétant la chose politique comme étant un « bien commun » n’appartenant pas aux professionnels de la politique .

La Commune est à la fois une évidence et un mystère. Une évidence pour celles et ceux qui se reconnaissent dans son inspiration et dans ses œuvres. Un mystère : comment en si peu de temps tout un peuple a pu mobiliser autant d’énergie et d’inventivité démocratique et créative même si l’on sait que ce foisonnement d’idées mûrissait dans les esprits depuis 1851 dans le prolongement de 1848 et la résurgence de la mémoire de la révolution de 1789.

La Commune a rêvé d’un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. L’idéal de démocratie directe la porte vers « l’intervention permanente des citoyens dans les affaires communales ».

L’œuvre sociale réalisée est d’une dimension historique exceptionnelle : les bases d’une autogestion ouvrière sont jetées avec l’exploitation des ateliers de fabriques gérés par une coopérative de salariés. Des réformes essentielles sont prises : accession à un logement pour tous, report des loyers et des dettes, augmentation des salaires et leur égalité entre les hommes et les femmes, diminution de la journée de travail, création d’emplois féminins, mise en place de bureaux d’assistances publiques laïques, la justice et la culture accessibles à tous, la reconnaissance de l’union libre ...

La République voulue par la Commune n’est pas seulement sociale, elle est aussi laïque. Le décret du 2 avril 1871 proclame la séparation de l’Église et de l’État, la suppression du budget du culte. Les bases d’une école publique, gratuite et laïque sont posées.

Les femmes ont participé aux périodes révolutionnaires de 1789, 1830, 1848 et ont mis en avant des revendications de citoyenneté et d’égalité mais leur engagement dans la Commune est particulièrement spectaculaire et fondateur des questions qui se posent encore à nous, militantes et militants aujourd’hui.

Très vite les communardes décident de s’organiser politiquement de manière autonome et même si elles ne sont ni électrices, ni éligibles, elles ont vécu une démocratie active. En avril 1871 est créée « L’Union des femmes » qui installa des comités dans chaque arrondissement, tous présidés par des femmes. Celles ci sont à l’avant-garde de l’action culturelle et éducative de la Commune « créer des écoles pour préparer des citoyennes et non des sujettes», de mise en place d’écoles professionnelles pour les filles, de la création de crèches populaires mais aussi de comités de vigilance… Dans le même temps, dès le 18 mars, elles se mobilisent dans les combats, cantinières, ambulancières, soldats… Elles réclament et obtiennent des armes. Sous la Commune l’action des femmes a toujours été concertée, réfléchie, organisée. « L’Union des femmes » constituait le laboratoire social de la Commune.

Louise Michel fut l’une des héroïnes de la Commune. Déjà , à l’époque, elle affirmait que « Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine »… En 2021, où en sommes nous de cette réflexion ?

Son engagement pour le combat féministe, ses écrits et ses actes ont fait d’elle une personnalité historique unanimement reconnue.

Aucune commémoration de la Commune de 1871 n’aurait de sens aujourd’hui si elle ne stimule pas notre curiosité, notre audace, à créer du neuf, à partir des besoins des plus précarisés, dans une démarche où le collectif l’emporterait sur le chacun-pour-soi.

« La Commune est comme un poème : elle engendre un sens qu’elle ne contient pas tout entier un sens qui la dépasse, mais qui n’existerait pas sans elle. Tout vient peut-être de ce que la Commune est plus durable qu’elle n’a duré, de sorte que sa lumière voyage encore, bien que son étoile ait fini « d’exploser ». Cette réflexion de l’écrivain Bernard Noël dit combien la période de l’air du «  temps des cerises » porte une mélodie qui demeure encore source d’inspiration pour les militants de l’égalité et de l’émancipation.

 

Arlette TAPIAU-DANGLA, Présidente de la Ligue de l’Enseignement des Landes